Entretien avec Julien Brault : comment aider les «millennials» à investir leur argent

Phil Siarri s’entretient avec Julien Brault, fondateur et PDG de Hardbacon, une startup fintech montréalaise qui a l’ambition d’aider le consommateur moyen à investir son argent.

Bonjour Julien. Parle nous de ton parcours professionnel et ce qui t’a poussé à lancer Hardbacon.

Je suis un ancien journaliste d’affaires. J’écrivais sur les marchés boursiers, les startups et le capital-risque pour Les Affaires à Montréal. J’ai également brièvement travaillé pour un VC spécialisé en fintech plus tôt cette année. J’ai vu toutes ces innovations se produire autour de prêts à la consommation, les robot-conseillers et les banques, mais les petits investisseurs qui cherchent à investir eux-mêmes ne bénéficiaient pas de cette révolution des fintech. Ainsi, en juin, j’ai lancé Hardbacon dans le but d’aider les millennials à investir leur argent sur le marché boursier.

Depuis le début, l’objectif est de construire une plate-forme de négociation si intuitive que même quelqu’un qui ne sait rien à l’investissement finira par faire la bonne chose, et construire un portefeuille qui a du sens. C’est l’idée derrière l’entreprise. Cependant, nous n’avons pas l’intention de devenir une maison de courtage, car les exigences de fonds propres et le fardeau réglementaire rendent ce type de structure coûteux. Nous prévoyons d’introduire cette plate-forme aux internautes comme un simulateur boursier, permettant ainsi aux gens d’investir seulement du papier-monnaie dand un premier temps. Finalement, nous voulons travailler avec des courtiers réglementés au Canada et dans le monde entier afin de permettre aux gens d’utiliser la plate-forme de négociation Hardbacon pour investir de l’argent réel.

La plate-forme est loin d’être prête pour le moment, mais nous produisons déjà des revenus. Si vous consultez notre site Web en ce moment, vous constaterez que nous comparons les robot-conseillers canadiens et les courtiers à escompte, et nous publions beaucoup de contenu sur les placements. Nous considérons ces activités comme un moyen de valider notre modèle d’entreprise. Pouvons-nous convaincre les investisseurs débutants d’ouvrir des comptes et de commencer à investir? Nous avons déjà prouvé que nous le pouvons : plus d’une centaine de comptes ont été ouverts chez nos partenaires grâce à notre site Web.

Quel est le produit principal de Hardbacon?

Bonne question. C’est certainement la plate-forme de négociation sur laquelle nous travaillons, même si beaucoup de gens pensent à nous comme un site Web de comparaison. Cependant, je vois cette activité comme un projet parallèle. Ce n’est pas essentiel à notre offre, mais c’est stratégique, car cela nous permet de tisser des liens avec les courtiers canadiens et de mieux comprendre leurs peines. Puisque nous travaillons avec les courtiers pour permettre aux gens d’investir de l’argent réel dans notre plate-forme, ces relations sont extrêmement importantes pour nous.

N’avez-vous pas peur de diluer votre offre?

Pour être honnête, j’ai plus peur de diluer mon temps que de diluer notre offre. Ce que nous faisons, c’est convaincre une génération qui est allergique au financement et à l’investissement, d’investir elle-même. Ainsi, nous devons nous adresser à des gens qui ne savent rien à l’investissement et leur enseigner assez pour qu’ils comprennent ce qu’est un FNB (Fonds négociés en Bourse) et par exemple pourquoi ils devraient être diversifiés. Nous devons atteindre ce public, savoir ou il se trouve, parce qu’il ne cherche pas «comment investir son argent» sur Google. Ainsi, en développant cette activité médiatique, nous perfectionnons une compétence qui sera essentielle au succès de notre plate-forme.

Qui est votre marché cible?

Nous visons officiellement les 18 à 34 ans. Cependant, notre marché potentiel est beaucoup plus large que cela. Quiconque voudrait investir et ne se sent pas au niveau d’un gestionnaire de portefeuille pourrait profiter de consulter notre site Web et de s’abonner à notre infolettre.

Hardbacon a pu signer plusieurs ententes avec des robot-conseillers canadiens et des courtiers à escompte. Quelles sont les leçons qu tu as tiré de cette expérience?

J’ai appris que les rencontres en personne sont essentielles pour établir une relation avec un partenaire potentiel. J’ai passé une semaine à Toronto et la quantité d’affaires que j’ai pu faire était incroyable. J’ai aussi appris que lorsque vous travaillez avec des banques, vous n’obtiendrez rien de signé lors de la première réunion. Vous devez être patient.

Étant la capitale économique et le centre financier du Canada, Toronto est de plus en plus mentionnée comme un hub des fintech en devenir. Comment décrirais-tu l’écosystème fintech à Montréal?

À l’heure actuelle, Montréal est loin de Toronto, et même de Vancouver, en terme d’innovation en fintech. Cependant, l’écosystème des fintech à Montréal joue le rattrapage cette année, et de nombreuses nouvelles entreprises comme Payment Rails, Wealthica et WealthTab sont en plein essor. Montréal étant l’ancien centre financier du Canada, je pense que cette révolution des fintech est vraiment une occasion pour nous de retrouver notre ancienne gloire.

En tant que fondateur d’une startup, quels sont les succès dont tu es le plus fier?

Avoir rassemblé une équipe de gens exceptionnels qui croient vraiment à la mission de démocratisation de l’investissement avec très peu de ressources — je suis vraiment fier de cela.

Quelles sont tes ambitions pour Hardbacon dans les prochaines années? Avez-vous l’intention d’explorer d’autres marchés au-delà du Canada?

L’ambition est de lancer un premier partenariat au Canada pour montrer que notre plate-forme de négociation fonctionne, mais aussi qu’elle est assez sécuritaire pour être déployée ici au Canada. Ensuite, nous voulons nous développer à l’échelle internationale et tenter d’atteindre le plus de gens possible via notre plate-forme. Le but ultime est que tout le monde sur cette planète pourrait investir de l’argent et le faire sans se faire fourrer. C’est en fait notre devise: «nous vous aidons à faire fructifier votre argent et à éviter de vous faire fourrer».

Cet entretien est une traduction de la version originale anglaise publiée le 8 novembre 2016 sur BankNXT.

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