Entretien avec Jean-Sébastien Drolet, cofondateur de la plate-forme de crowdfunding RealStarter

Phil Siarri s’entretient avec Jean-Sébastien Drolet qui, avec Do Nguyen, a fondé RealStarter, une plate-forme de crowdfunding immobilier basée à Montréal et à Québec.

Bonjour Jean-Sébastien, peux tu me parler de ton parcours professionnel et ta nouvelle entreprise RealStarter ?

J’ai grandi sur la rive sud de Montréal et j’ai étudié le droit à Québec. Je suis avocat à temps partiel à la Caisse de dépôt et placement du Québec, où je travaille sur diverses opérations de placement. L’année dernière, j’avais 24 ans, j’ai commencé à avoir un peu d’argent pour investir, et je me suis intéressé à l’immobilier. Cependant, j’ai constaté en tant que petit investisseur, je manquais de capital pour accéder à des projets immobiliers intéressants dans ma région. Explorant diverses façons d’investir mon petit montant d’argent dans l’immobilier, je suis tombé sur le financement participatif (crowdfunding) avec mon partenaire d’affaires Do Nguyen l’année dernière. C’est à ce moment que nous avons décidé de lancer RealStarter.ca.

RealStarter est un portail crowdfunding pour l’immobilier. L’objectif est de permettre aux investisseurs particuliers d’investir dans des projets immobiliers aux côtés de développeurs expérimentés. Il fonctionne comme une plateforme crowdfunding traditionnelle. Les développeurs expérimentés peuvent recueillir des fonds auprès de la foule via notre plateforme Web. Les offres sont affichées en ligne, et les gens peuvent faire une contribution monétaire dans les projets qu’ils aiment. En échange de leurs contributions, les «crowdfunders» reçoivent des titres de créance ou des actions de la société du développeur. Sur RealStarter, le développeur dispose de 90 jours pour atteindre sa cible de collecte de fonds, si l’objectif n’est pas atteint, l’argent est retourné aux investisseurs. En fin de compte, l’objectif est d’utiliser la technologie pour fournir des capitaux moins chers pour le développeur et un meilleur investissement immobilier pour l’investisseur.

Quels sont les principaux défis pour éduquer les futurs utilisateurs / investisseurs sur le crowdfunding ?

Le crowdfunding pour l’immobilier a commencé autour de 2011 aux États-Unis et en Europe, mais seulement en 2015 au Canada en raison de contraintes réglementaires. Par conséquent, nous devons vraiment mettre l’effort dans le contenu éducatif. Nous devons éduquer les gens sur le crowdfunding en général et leur montrer que c’est une alternative nouvelle et viable pour investir leur argent. Heureusement, nous disposons maintenant de statistiques positives provenant de marchés plus matures à travers le monde.

Je pense qu’un autre grand défi pour n’importe quel portail crowdfunding est de construire la confiance avec leurs utilisateurs potentiels. La seule façon de le faire est de montrer qu’il fonctionne dès le premier jour en sélectionnant de bonnes affaires et des promoteurs immobiliers expérimentés avec un bon dossier.

Malgré la récente légalisation du crowdfunding immobilier au Québec, quels sont les défis réglementaires que vous rencontrez encore ?

Eh bien, je dirais le manque de flexibilité des organismes de réglementation canadiens. Les règlements sur le crowdfunding ne sont pas vraiment flexibles, et les régulateurs ne pourront pas s’accommoder facilement si votre modèle d’affaires ne correspond pas tout à fait à la réglementation, contrairement à d’autres juridictions comme le Royaume-Uni. Cependant, nous avons vu des développements récents de la part de l’organisme de réglementation ontarien. Il a récemment lancé OSC LaunchPad, une équipe de clients entièrement dédiée à aider les entreprises fintech à naviguer dans la réglementation des valeurs mobilières. L’initiative vise à rendre le régime de réglementation de la province plus souple et plus adapté aux besoins des entreprises de premier plan et des sociétés émergentes de fintech. Ce serait bien si l’AMF (l’organisme de réglementation au Québec) faisait quelque chose de semblable.

Quelle est ton opinion de l’industrie fintech au Canada ?

La fintech a gagné plus d’élan au Canada dernièrement. C’est une bonne chose — je crois que les entreprises fintech ont besoin de collaborer afin de créer suffisamment de présence et de sensibilisation auprès de la population canadienne. Une grande partie des services offerts par les entreprises de fintech sont complémentaires, et la collaboration entre les entreprises peut améliorer leur offre au client. En outre, la collaboration permettra d’ouvrir un dialogue avec les prêteurs traditionnels et les institutions financières.

Au Canada, il y a moins de concurrence entre les institutions financières qu’aux États-Unis. Cela aide à rendre le marché plus stable en cas de turbulences financières (comme en 2008), mais empêche et diminue également l’innovation. Aux États-Unis et en Europe, les institutions financières sont plus enclines à innover et à s’associer avec les entreprises de fintech. Par exemple, en France, le public qui investit dans l’immobilier via le crowdfunding peut investir aux côtés d’institutions financières.

L’été dernier, RealStarter a rejoint le Studio FCP, qui sert de plaque tournante pour les start-ups fintech de Montréal. Comment ce partenariat at-il été réalisé et comment FCP appuie-t-il votre mission ?

L’été dernier, nous avons assisté au StartupFest à Montréal et nous avons fait des T-shirts avec notre logo. Les gens de FCP nous ont vu et nous ont contactés après pour voir si nous serions intéressés à joindre le studio. Ils nous ont présenté à la communauté fintech locale et nous ont offert un espace de travail, ainsi que leur soutien, ce qui est important lorsque vous démarrez une entreprise. En outre, la façon dont le Studio FCP est conçu permet aux entreprises du studio de partager leurs connaissances et leur expérience. Elle est utile lorsque nous faisons face aux mêmes défis, par exemple d’un point de vue réglementaire.

Le Studio FCP organise également des événements pour promouvoir l’industrie fintech. Non seulement les événements donnent une grande visibilité aux startups fintech travaillant au studio, ils aident aussi à développer notre réseau et à créer des opportunités d’affaires.

Actuellement, vous vous concentrez sur le marché québécois. Dans le futur, avez-vous l’intention d’étendre RealStarter à d’autres marchés ?

Notre objectif est d’offrir des possibilités d’investissement immobilier à tous les canadiens dès que possible. En fait, nous avons les permis d’exploitation dans quatre provinces (Colombie-Britannique, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Québec), mais notre première entente sera au Québec dans la région de Charlevoix. Notre priorité est de le faire bien dans notre propre jardin avant de s’étendre à d’autres marchés. De plus, le marché canadien a suscité beaucoup d’intérêt auprès des investisseurs étrangers ces derniers temps. Nous finirons par leur offrir la possibilité d’investir sur notre marché via notre plate-forme.

Ce texte en français est une adaptation de la version originale anglaise “Jean-Sébastien Drolet on crowdfunding portal RealStarter” publiée sur BankNXT, le 7 décembre 2016.

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