Blockchain dans le secteur de la santé : le bon, le mauvais et le laid

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Les technologies blockchain sont souvent discutées dans le cadre des fintechs (et à juste titre étant donné qu’elles sont issus du Bitcoin). Cependant, il existe des applications potentielles dans d’autres secteurs: la santé étant l’un d’entre eux.

Parce que la santé est un aspect important de la vie de chacun, des milliards de transactions et d’enregistrements (sinon plus) sont générés chaque année dans le monde. Les blockchains seraient logiques à plus d’un titre, mais leur mise en œuvre entraînerait également divers défis.

Le bon : paiements et dossiers des patients sécurisés, réduction de la fraude

Le principal avantage d’un «blockchain de la santé» qui me vient à l’esprit serait l’intégrité des transactions monétaires. Les paiements effectués par divers individus au sein de l’écosystème (hôpitaux, compagnies d’assurance, etc.) seraient protégés contre les manipulations et les révisions. À mon avis, c’est un argument fort, la fraude étant une préoccupation majeure dans l’industrie. Par exemple, le FBI estime que la fraude pour les soins de santé s’élève à 80 milliards de dollars par an aux États-Unis seulement. Une blockchain fournirait un cadre transparent qui pourrait faciliter les audits.

Un deuxième avantage serait la protection de la vie privée des patients; la cryptographie étant un concept largement associé aux technologies blockchain. Cela pourrait fournir une couche de sécurité quand il s’agit de protéger les dossiers des patients. Il faut être conscient que de nombreux dossiers de soins de santé sont exposés par inadvertance ou pire encore perdu sur une base régulière. Pour mettre cela en perspective: le National Health Service (NHS), le système de soins de santé financé par l’État en Angleterre, perd environ 2000 dossiers patients tous les jours (beaucoup sont encore en format papier).

Le mauvais : une industrie peu progressiste

Comme vous le savez probablement déjà, la santé est loin d’être une industrie progressive, les gouvernements ayant une maîtrise très stricte de la façon dont les choses se font. Par exemple aux États-Unis, la Loi sur la portabilité et la responsabilité en matière d’assurance-maladie (HIPAA), mise en œuvre en 1996, a rendu difficile l’augmentation de la part de marché des éditeurs de logiciels de gestion des documents. En bref, HIPAA se concentre sur 2 concepts principaux: «les procédures pour l’exercice des droits individuels de confidentialité de l’information sur la santé»; et «l’utilisation et la divulgation de renseignements médicaux individuels doivent être autorisées ou exigées». La conformité HIPAA est un processus long et approfondi qui comprend de nombreuses étapes; ainsi ce n’est que récemment que Google Docs et Dropbox ont été jugés conformes pour la gestion de documents dans le milieu medical. Cela a créé est une dépendance excessive sur la gestion des documents sur papier, qui vient avec de nombreux inconvénients assez évidents (facilement modifiés ou perdus).

En ce qui concerne les blockchains et la santé, la réalité c’est que la mise en place d’une telle initiative nécessitera de nombreuses consultations gouvernementales et intergouvernementales; des modifications juridiques et des études de cas sur des applications réussies au-delà des fintechs.

Le laid : de nombreux intervenants à gérer

De nombreux intervenants sont impliqués dans l’espace de la santé: les compagnies d’assurance; les dispensateurs de soins comme les cabinets médicaux, les hôpitaux; les pharmacies et autres. Cela représente beaucoup d’entités différentes qui devraient accepter d’utiliser des blockchains.

Ce problème potentiel serait amplifié dans les pays dotés d’un système fédéral. Le Canada est un bon exemple: la Loi canadienne sur la santé précise «les conditions et les critères auxquels les programmes provinciaux et territoriaux d’assurance-santé doivent être conformes pour recevoir des paiements de transfert fédéraux en vertu du Transfert canadien en matière de santé»; cela implique que chaque province et chaque territoire gèrent leur administration quotidienne des soins de santé. Cette autonomie régionale pourrait rendre l’adoption de blockchains assez compliquée. Faut-il créer une blockchain autorisée pour chaque entité régionale? Ou le gouvernement fédéral devrait-il adopter une blockchain publique pour tous les Canadiens? Ce sont des aspects d’interopérabilité très complexes à discuter.

Au-delà de l’autonomie régionale, l’interopérabilité internationale entre les différentes nations est un autre fait à prendre en compte. Par exemple un citoyen américain recevant un traitement en Suède. C’est une question encore plus complexe.

L’avenir des blockchains dans le secteur de la santé est prometteur. Toutefois, il faudra la coopération des gouvernements, des entreprises privées, des fournisseurs et d’autres entités. Ce sera probablement une route cahoteuse.

Cet article est une traduction de la version originale anglaise “Blockchain in Healthcare: the Good, the Bad and the Ugly” publiée le 26 septembre 2016 sur financialit.net.

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